21 novembre 2014
Aaaaahhhh Laurence....
Que de tourments ma pauvre âme a-t-elle dû endurer depuis que, sans aucune pitié, vous l'avez pilée, écrasée, déchiquetée! Comme vous m'avez fait mal, Laurence, à presser avec une telle hargne mon prénom contre votre palais rugueux comme une râpe à fromage, à en triturer chaque syllabe de votre langue fourchue, à en broyer une à une les sonorités entre vos dents pointues, jusqu'à le réduire en charpie, en bouillie, à néant, jusqu'à en jeter les miettes à terre, jusqu'à les fouler aux pieds et me laisser, là, sans vie, évidé.... Vous êtes douée, Laurence, vous êtes douée pour viser là où ça fait mal, vous pouvez être fière, vous avez du talent, beaucoup de talent, encore une fois, malheureusement je dois le reconnaître...
Que vous arrachiez les yeux de l'autre pimbêche, peu me chaut, puisque pimbêche, il n'y a... Vous vous êtes méprise, Laurence, l'éclair mauvais de la jalousie, sans doute, vous aura abusée, aveuglée, et vous vous permettez de me faire une scène, une crise, en public, alors que vous, avec la grâce insolente qui vous caractérise, continuez à faire votre pimpante chez monsieur B : « Le ciel hésite en Bretagne, pourquoi hésitez-vous Monsieur B, venez ! » … et j'en passe... et des meilleurs... Tssss.... Comme je vous trouve injuste et dure parfois, c'est une chose qui m'étonne chez une femme d'une telle sensibilité, d'une telle humanité, c'est une chose, Laurence, je dois l'avouer, qui, chez vous, me laisse perplexe et me déconcerte... Mais l'être humain est fait de contradictions, mon cher François, me répondrez-vous, avec l'outrecuidance qui vous caractérise.
Vous me reprochez dans ma lettre les dix dernières lignes, m'accusant d’user dans les trois quarts d'hypocrites et douceâtres paroles, de vous caresser dans le sens du poil, comme vous dites.... Avez-vous du poil au pattes sous vos bottes, Laurence Gaillard ? Pardon, pardon, excusez-moi cette plaisanterie de bien mauvais goût... (qu'est-ce que je peux être lourdingue, moi aussi, quand je me laisse aller...) Enfin, sachez, mais vous le savez déjà parfaitement, et c'est justement ce déni, cette mauvaise foi, appelez-le comme vous voudrez, qui me met hors de moi, sachez que même en bottes, avec du poil aux pattes, même avec votre accent à couper au couteau la plus grasse motte de beurre salé, même avec vos gilets qui boulochent et vos tabliers vintage, vos verrues sur le nez, vos serres de harpie... heu... pardon... je m'égare..., eh bien, malgré tout ça, vous surpassez pour moi toutes les parisiennes de la rive gauche réunies. Le quartier latin n'est rien à côté de votre rocher et Montmartre, face à vos Monts d'Arrée, peut aller se rhabiller. Sans doute me taxerez-vous encore de duplicité si à ce jour vos sens vous n'avez toujours pas retrouvés... A votre guise... Qu'y puis-je ? Je ne peux m'accuser d'un forfait que je n'ai pas commis...
Alors que j'achève péniblement cette lettre, me vient alors cette pensée : Se pourrait-il, Laurence, que cette crise ne soit qu'un stratagème pour obtenir de moi une réponse, me titiller, jusqu'à me faire prendre la plume... A cette idée, saugrenue mais ravissante, un sourire rêveur et ému, passe sur mes lèvres... Coquine !
Aaaahhhh.... Puissiez-vous encore m'appeler tendrement « mon François »...
Je suis dans l'appréhension de votre réponse... Vous voyez, je ne suis plus que l'ombre de moi-même...
François, qui aimerait rester vôtre...
PS : Néanmoins, là, où je vous rejoins, Laurence, c'est qu'en admiration, en amitié, en amour, dans toutes les relations humaines en somme, rien n'est jamais équitable, oui, sur ce plan-là, au moins vous avez raison.
LD
25 novembre 2014
Mon François,
Parfois je souris aux souvenirs de mes cruelles forfaitures et s’il n’existe pas de créature, au teint parfait et à la silhouette émouvante, près de vous, tout près, trop près, ce n’était après tout qu’une mise en garde. Au cas où vous seriez tenté ? Une mise en bouche avant les fêtes, avant votre grand tour aux States…
Oui c’est vrai je rêvais d’une réaction et elle n’a pas tardé, je n’aime pas les tièdes, et vous m’avez douchée.
Et c’est bien fait pour moi, sans être masochiste, j’ai apprécié.
Si mon tempérament est explosif, si je fais ma péronnelle, si j’ai les traits de caractère d’une oie blanche, si j’étale mes blandices, si je joue chattemite, pantomime et théâtre No, c’est qu’au fond je ne suis sûre de rien, j’ai peur de l’abandon.
Je ne cède pas facilement au sentiment amoureux, peut-être que je préfère rêver à l’idée, plutôt que le vivre mais lorsque je m’abandonne à la passion, je suis entière et éperdue.
Vous avez plus de maturité que moi en la matière et sûrement moins souffert. Je connais les hommes, je sais ce dont ils sont capables. Ma méfiance, ma défiance est à la hauteur, des affres de la douleur que j’ai subies, mais non vous avez raison, vous n’êtes pas de ces barbons, de ces pleutres, de cette violence, de ces narcissiques hideux et vils.
Mais je me connais aussi, assez bien pour savoir que je détruis facilement l’objet de mon inclinaison, avant d’être moi-même réduite à néant, j’attaque avant, je mords au sang.
François, aujourd’hui il fait un temps maussade et les pavés gris de Paris doivent être luisants, glissants. J’aimerais prendre votre bras et longer la Seine sur les quais, nous cheminerions comme un vieux couple qui a bravé tous les combats d’une vie, pour repartir, encore une fois, mais à petits pas, fragiles et précautionneux.
La Seine aura un parfum de boue, car il a beaucoup plu, et les feuilles pourrissantes seront autant de pièges à éviter.
Comme l’air en cette fin de journée sera un peu frais, je me serrerai un peu plus contre votre flanc, et vous passerez votre bras autour de mes épaules, sans me regarder.
Et vous me pardonnerez, n’est-ce pas ?
Et je ne vous promettrai pas de ne plus recommencer.
J’espère que vous serez heureux là, peut-être que je le serai aussi.
LG